Interview

GosT : l'interview

GosT : l'interview

Le Synthzilla Fest et le Jack Jack ont été très aimables de nous recevoir il y a un peu moins de deux semaines de ça pour interviewer GosT, prince des enfers mais aussi de la Synthwave, ce mouvement musical revenu du fin fond des années 80 et que tout le monde tend à s’arracher.

Retour sur une petite vingtaine de minutes très posées avec un homme contrasté.


 

ScreenBreak : C’est une question un peu bête, mais je regardais ta page Facebook l’autre jour, et j’ai vu qu’à un moment tu venais de Hell, dans le Michigan. Et je me suis demandé si pour toi l’enfer existait vraiment ou si l’enfer, c’est le Michigan. Genre, c’est quoi ce putain d’endroit ?

GosT : Quand je me suis lancé sur Bandcamp, je voulais trouver une ville qui s’appellerait Hell, et c’est la seule qui existe aux États-Unis. En vérité je viens du Texas donc…

SB : Vraiment ? Il y a donc un endroit aux États-Unis qui s’appelle…

GosT : Ouais, Hell, dans le Michigan.

SB : C’est marrant ! Mais du coup, tu viens d’où ?

GosT : En gros, je suis à deux heures à l’Est de Dallas dans une petite ville qui s’appelle Longview.

 

SB : Je me pose pas mal de questions à propos de ton masque. D’où est-ce qu’il vient, ce qu’il y a de spécial à son sujet. Est-ce que quand tu le portes tu es une sorte de super-héros ? Ou de personnage malintentionné ? Ou juste quelqu’un bien au-dessus de ces petites questions ?

GosT : Il y a une histoire autour de ce masque. Ghost est un des princes de l’Enfer, un démon. Il y a donc quelque chose à propos de cette entité qui est quelque part entre le royaume des anges et des démons, et le monde physique.

SB : Pourquoi celui-ci ? Pourquoi ce crâne pâle ? Y’a-t-il quelque chose de particulier avec ce masque ? Tu es juste entré dans un magasin et tu l’as pris ou… ?

GosT : Non, il a été fait à la main par un gars de Los Angeles. Sa boîte s’appelle RD Creation. Il bosse pas mal pour Hollywood, sur les films, les effets spéciaux ce genre de choses. Je suis tombé sur son travail par hasard sur internet. Il en avait deux comme celui-là, et je me suis dit que c’était parfait. Il rend vraiment bien. Mais la vraie raison vient de plus loin. Je suis un fan des shlasher. Halloween, ce genre de films. C’était un choix assez évident finalement. Je ne sais pas pourquoi personne n’y a pensé avant, mais je pense qu’il serait parfait pour un bon vieux slasher !

 

SB : C’est bien vrai ! Que peux-tu me dire à propos de GosT et toi. De votre relation. Est-ce que vous êtes la même personne, ou y’a-t-il GosT et toi ?

GosT : GosT existe complètement séparément de moi quand je produis. Je ne suis pas une personne vraiment portée sur la religion, mais je laisse toujours le… concept qui m’habite pendant un temps me consumer, et le devenir. Sur scène c’est la même chose. Je suis bien plus réservé que lui sur scène.

 

SB : Quel a été le moment dans ta vie où tu t’es dis que tu voulais faire de la musique, devenir GosT et faire quelque chose de spécial ?

GosT : J’ai commencé à jouer dans des groupes de Metal étant plus jeune, et vu que je suis d’une petite ville, il n’y avait pas vraiment de personnes avec lesquels travailler. J’ai alors atteint un point où je ne voulais plus des avis extérieurs. Je voulais créer quelque chose qui était juste moi et où personne n’aurait été là genre « je n’ai pas trop cette partie, etc. » tu vois ? C’est à peu près tout. J’ai besoin de travailler chez moi. Je n’ai pas besoin ou envie d’aller bosser avec les membres d’un groupe. C’est donc comme ça que ça a commencé.

 

SB : C’est quoi le truc avec la croix inversée ?

GosT : Je viens d’une région très conservatrice et religieuse. Je n’ai pas nécessairement de problème avec le Christianisme ou tout autre religion d’ailleurs, du moment qu’elle ne prend pas le pas sur la vie et les problèmes des gens, qu’elle devient un problème. Mais là d’où je viens, c’est souvent le cas. Beaucoup de croyants là-bas se noient là-dedans et jugent les autres. Pour moi, c’est une réponse à ça, à l’influence des églises locales.

 

SB : Je t’ai vu pour la première en mars dernier, ici même. J’interviewais Perturbator. Je ne connaissais pas vraiment ton travail à l’époque, je n’avais seulement écouté que quelques morceaux par-ci par-là. Et puis je t’ai vu sur scène, danser comme… il n’y a pas vraiment de mots. Quoiqu’il en soi, j’ai été foudroyé par ta performance. Qu’est-ce que tu peux me dire à ce sujet ?

GosT : Ce n’est rien de plus qu’une réaction à ma musique. Je réagis avec les gens qui aiment ce je fais. Je ne m’agite pas comme ça en soirée tu vois ? Il n’y a rien de planifié à l’avance. Bon okay, il y a peut-être quelques trucs par-ci par-là qui revient, mais dans la plus grande partie de mon set, c’est complètement freestyle. Les gens semblent apprécier ce lâcher prise.

 

SB : Tu m’étonnes ! C’était vraiment très intense ! A un moment je me suis limite demandé si tu étais humain. Tes bras semblaient démembrés, limite possédés. Tu sautais dans tous les sens tout en jouant, c’était assez fou ! Bref. Je m’emporte un peu.

Comment tu te sens par rapport à cette scène que toi, Perturbator, Carpenter Brut et bien d’autres êtes en train de monter ?

GosT : J’aime beaucoup ça. Ça, et qu’il y ait une communauté derrière. J’apprécie vraiment ça, et d’en faire partie. J’adore l’Électro française, j’aimerais me rapprocher de ce monde par cette porte, je serais un mec très heureux si ça venait à se produire !

SB : Y’a-t-il des gens en France dont tu aimerais te rapprocher en particulier ?

GosT : Danger bien évidemment. Ça serait cool de collaborer avec Justice aussi.

 

SB : Quel serait l’endroit parfait pour toi pour jouer ta musique ?

GosT : Je ne sais vraiment pas. Je sais que ça va sonner un peu attendu, mais je crois qu’à chaque fois que j’ai un retour positif en face de moi, c’est le meilleur moment, et donc le meilleur endroit. Ce soir peut très bien donc être le meilleur endroit, et ainsi de suite. Du moment que les gens prennent leur pied, je suis un mec comblé.

SB : Ouais mais tu es assez populaire dans les pays du Nord et/ou de l’Est comme la Finlande, la Russie…

GosT : La Russie, c’est vraiment un truc de ouf. Mais James avait dû t’en parler à l’époque non ? Les gens viennent et partent littéralement en vrille, c’est vraiment dingue !

SB : Et c’est différent en France ?

GosT : Ouais, ce n’est pas la même chose. C’est très difficile à décrire. Ça n’empêche pas des villes comme Lyon, Paris et même Nantes d’être bien dans le truc, de supers bons publics même, mais ça reste différent.

 

SB : Est-ce qu’il y un message que tu essayes de passer à travers ta musique ?

GosT : Je pense que si tu tiens compte de l’imagerie que j’utilise, alors oui. Mais j’aimerais avant tout que les gens se calment et laissent les autres vivre leurs vies.  Il y a tellement de gens comme ça, qui te disent « ça, c’est le chemin à suivre, je le sais ! ». Mais c’est une sale blague tu vois, parce qu’on naît tous, on meurt tous, et personne ne sait rien de rien à ces sujets. Mais eux veulent avoir une emprise. A tout prix. C’est assez triste je trouve. J’aimerais juste que les gens acceptent les choses. Du moment que personne n’est blessé, où est le mal ?

 

 

SB : Comment sont les choses en Europe, et aux États-Unis ?

GosT : Les U.S. et la Grande Bretagne n’ont pas encore trop compris le truc. C’est plus petit qu’ici. On est toujours un peu en retard sur les nouvelles choses, en particulier en ce qui concerne la musique électronique. Il y a beaucoup de choses qui débutent ici et qui deviennent plus grosses ici que nulle part ailleurs. Ce n’est pas le bon exemple, mais ma mère ne sait même pas qui est Skrillex. Et il est putain de connu pourtant ! Les U.S. sont une bulle blindée au Nickelback de merde.

 

SB : Parlons un peu de "Non Paradisi". Quelle est la principale différence entre "Behemoth", ton album précédent, et celui-ci ? Qu’est-ce qui a changé en toi ?

GosT : Je voulais un album un peu moins bourrin et qui soit écoutable tous les jours. Quelque chose qui ne te donne pas envie de t’enrager alors que tu n’en avais pas envie à la base. "Behemoth" n’est pas un album que tu peux lancer et sur lequel te poser tu vois ? Je voulais quelque chose qui soit plus proche d’un voyage, d’une odyssée. Et puis j’ai lu "Paradis perdu" à peu près au moment où j’ai commencé à enregistrer. Ça a été un truc monumental qui a forcément influencé "Non Paradisi".

SB : Comment tu te sens à son sujet ? Plus fier ? Plus excité ? Est-ce qu’il y a un sentiment en particulier qui a émergé ?

GosT : C’est différent. J’ai l’impression de pouvoir plus imprimer une partie de moi dans quelque chose maintenant. J’ai essayé de nouvelles choses, je ne savais pas comment les gens allaient réagir. On dirait que pour l’instant, ça va. J’ai été énormément angoissé par cet album, plus que par "Behemoth" car celui-ci était un peu plus… évident tu vois ? Bourrin, comme on l’attendait de moi. Je ne savais pas comment les Metalleux allaient réagir, mais ça semble suivre.

 

SB : Comment ça se passe avec le mec derrière Blood Music ? Il a l’air assez mystérieux.

GosT : Super bien, on parle quasiment tous les jours. Il est très discret et près de sa vie privée, mais il n’est pas mystérieux.

 

SB : Que penses-tu de ce festival ? Non pas du Synthzilla en particulier, mais de l’initiative ? De présenter la Synthwave au plus grand nombre. Est-ce que tu penses que c’est une bonne chose, ou qu’elle devrait continuer à être adorée par certaines personnes ?

GosT : Je trouve ça cool. Ça devrait continuer à grossir autant que ça peut. Je ne veux pas que ça reste un secret, plus les gens aiment et mieux c’est. Après avoir passé autant de temps sur pas mal de projets qui… n’étaient pas sans résultats mais qui n’ont pas non plus aboutis, ça fait plaisir. Je pense même que ça devrait revenir au cinéma comme dans les 80’s. Les films d’horreur devraient retrouver des partitions de Synthwave. Tu as It Follows qui a ce genre de partition. Je l’ai balancé une fois, et le gars qui était dans la pièce d’à côté a déboulé en me disant « C’est quoi ça ?! ». Et j’étais là « Et ouais mon gars, c’est un synthétiseur ! ». Ça m’avait bien fait rire ! Mais oui, je suis à fond derrière !

 

SB : C’est marrant car tu as pris de l’avance sur ma question. Clairement, ça a été le phénomène de cet été, je parle bien sûr de Stranger Things. Je me demandais si tu avais quelque chose à dire à propos de cette série ou de sa B.O.

GosT : C’était vraiment cool ! Pour moi c’est tout ce que j’adorais dans mon enfance. C’était bien blindé en références, avec Donjons & Dragons et tout. Je n’y ai jamais joué, mais un pote de mon grand frère m’a dit que ça se passait vraiment comme ça quand ils étaient merdeux. Et puis la B.O. s’accorde super bien à la série, c’est un sacré boulot qu’ils ont abattu !

 

SB : Dans une interview que tu as fait récemment, j’ai lu que tu étais fan des Goonies. Je me demandais si tu pouvais m’expliquer avec tes mots ce qu’il y a de si ouf avec ce film.

GosT : C’est le film parfait pour un gamin mec ! Un trésor à trouver, des pirates ! J’ai 5 tatous liés aux Goonies, tu ferais mieux de ne pas me lancer sur le sujet !

 

SB : Quelle est la chose qui, dans cette liste, te fait le plus peur : 1. Ta musique 2. Les Machines 3. Dieu 4. Satan 5. L’être humain 6. Les êtres humains ?

GosT : J’ai putain de peur des êtres humains ! Mais aussi, et surtout, des astéroïdes mon gars ! Tout le monde vit et se marre à ce sujet, mais tous les 6 mois je me dit « putain les gars, y’en a un qui n’est pas passé loin ! ». En fait je suis effrayé par la mort. C’est la fin de tout d’aussi loin que nous en savons. J’en ai vraiment peur.

 

SB : Tu as commencé dans le Metal. Maintenant, pour faire simple, tu es dans le mouvement Synthwave. Bon. Est-ce que c’est possible d’un jour te faire arpenter d’autres genres ? Comme la musique classique ?

GosT : J’adorerais, mais vraiment j’adorerais faire ce qu’a pu faire Daft Punk sur la bande originale de Tron: Legacy. Ils ont pu travailler avec un orchestre entier ! Ça serait énorme ! Je ne m’y connais pas trop en musicologie ou en musique classique, mais ça serait énorme d’être dans une pièce remplie de gens qui s’y connaissent ! Je serais un tyran genre « Toi, fais-moi ce son ! Toi, fais-moi ce son ! ». Ça serait génial !

 

SB : Dernière question, que tu prends comme tu veux mais… c’est quoi la suite ?

GosT : Je travaille déjà sur le troisième album. Ça sera bien plus simple.

 

 

Retrouvez la version anglaise ici : http://www.screenbreak.fr/article/fiche/2326/gost-the-interview

 


avatar Maxime le 03/11/2016  -  commentaires

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